Chapitre I
« — Heu Alix … La cliente dans la cabine…
— Oui et ben quoi ?
— Ben.. Je crois qu’elle..
— Qu’elle quoi ?? Accouche, voyons !!
— Elle se caresse !
— Hein ?! »
Ça aurait pu être une journée comme les autres. Ça a même commencé comme une journée comme les autres.
Levé tôt (5h45 ça pique !), puis routine habituelle : yoga doux suivit de 10 minutes de stretching.
Déjeuné rapide. Réveil de mes deux ogres adolescents : un mâle, prénommé Florent de 15 ans et une femelle, Juliette 13 ans. Qui n’en veux ?!
Les entendre se disputer au sujet du paquet de céréales mal refermé pour la énième fois , alors que je sors juste de la douche.
Leur brailler dessus la brosse à cheveux coincée dans ma tignasse, qui se la joue rebelle, elle aussi.
Courir les séparer, en tentant d’enfiler un chemisier. Faire en sorte qu’ils soient prêts pour 07 h 20. Bon sang mais pourquoi je fais du sport en plus de tout ça ? Les jeter à la porte pour qu’ils choppent leur Tramway, sans oublier le : « — Je vous aime les mioches ! A ce soir ! Je fini tard, au fait ! »
Et attendre leur réponse, presque en chœur « — Oui oui, mam’s comme d’hab on gère t’inquiète! On est plus des gamins !» et enfin, oui enfin, avoir un minimum de paix, jusqu’à ce que ça soit à mon tour de chopper un Tram’. Mettre la musique à fond, chanter à tue tête et mal, très mal, en gesticulant !
Puis me poser enfin. Toujours le même rituel: ma tasse de thé, mon ordinateur portable allumé, l’écran sur une page blanche. Prête à être noircie. M’asseoir devant et …
— Et merde tiens !
Me relever, faire les 100 pas. Jurer, pester, hurler. Prendre ma veste et mon sac. Partir prendre mon Tram’ avec 30 minutes d’avance, comme d’habitude, sans même avoir prit le temps d’éteindre mon ordinateur.
Commencer à 09 h 30 heure, mais arriver à 9 heure à la boutique. Je sais que je vais finir à 20 heure pour fermer, et que je n’aurai qu’une heure de pause pour engouffrer un sandwich avant de reprendre. Mais je m’en fiche !
J’aime mon métier : je suis responsable d’une boutique de lingerie féminine de luxe. J’ai une équipe de trois vendeuses. Et j’ai même une stagiaire !
Dans l’ensemble, je suis comblée.
Cette journée aurait donc pu commencer donc comme les autres. J’ouvre les grilles de ma boutique, qui se situe à l’intérieur de la galerie du grand centre commercial La Part Dieu. Je prend le temps de me faire couler un café avant d’ouvrir la caisse. Je jette un rapide coup d’œil autour de moi : la boutique est nickelle. Chaque chose est à sa place. Le cintrage des soutiens-gorges, culottes et autres nuisettes est juste parfait ! Il faut dire que je ne lâche pas « mes filles ». L’ordre et la classe sont primordiales pour moi.
9 h 15. J’attaque mes plannings du mois prochain lorsque Daphné, la petite stagiaire arrive.
Un quart d’heure d’avance, c’est bien petite, c’est même très bien…
J’aime bien l’appeler « ma petite » car pour une fois, j’ai trouvé quelqu’un de plus petit que moi, et avec mon mètre 55, c’est assez rare pour que je puisse en profiter !
Malgré sa timidité, dû certainement au fait qu’elle n’ait que 16 ans, on ne peut pas lui reprocher son professionnalisme.
« — Bonjour Madame.
— Bonjour Daphné, mais je t’en supplie appelle moi Alix !!
— Pardon, j’essaie promis ! me lance-t-elle avant de s’enfuir dans la réserve »
Je la vois réapparaître rouge comme une pivoine moins d’une minute après.
« — J’espère que je ne t’ai pas gêné Daphné …
— Oh non non, Madame ! Euh Alix, pardon ! »
Sa timidité m’amuse, j’ai l’impression de me revoir à son âge, bafouiller et regarder mes pieds à chaque fois que je devais parler à quelqu’un.
« — Bon, tu es presque à la moitié de ton stage chez nous. Tu connais les techniques de vente, tu connais nos produits et les différentes tailles… La prochaine étape est donc de t’occuper d’une cliente de A à Z ! Répète moi les différentes phases d’une bonne vente, s’il te plait.
— Euh… Oui, d’accord… Alors euh…
— Aller aller, ma petite ! Un peu de confiance en toi ! Tiens toi droite, bombe le torse, respire un grand coup et lance toi ! »
Je la vois lier mes paroles à ses gestes. Droite comme un I, elle prend une grande respiration, en ajustant ses petites lunettes, elle me dit d’une traite, presque de façon militaire :
« — Les différentes phases d’une bonne vente sont : Le sourire: franc mais pas racoleur , le regard : fixe mais pas accusateur , l’accueil d’une voix calme mais audible, l’écoute : toujours laisser parler la cliente, le conseil : je connais mes produits et je sais ce qu’il convient à sa morphologie et enfin l’encaissement : prendre les pêpettes avec le sourire ! »
J’explose de rire à ses derniers mots. Elle me rejoint d’un rire franc et sonore. C’est la première fois que je l’entend rire comme ça. Elle doit vraiment se sentir bien avec moi, ça fait plaisir.
Le temps passe sans que je m’en rende compte et la première cliente entre dans la boutique. Je laisse donc Daphné s’en occuper en regardant la scène, postée derrière ma caisse. La cliente juchée sur des talons de 15 cm dépasse de facilement deux tête la petite Daphné, qui ne se démonte pas pour autant. Elle la regarde droit dans les yeux et la conseille comme une chef ! Cette cliente à tout pour déstabiliser pourtant… Même moi je ne sais pas quoi en penser. Mince, belle, avec une crinière d’un roux fauve avec des reflets sublimes et un regard vert perçant. Pourtant d’un certain âge, sa classe donne le change. Sa robe noire, laisse deviner ses courbes, et surtout sa poitrine, ronde et bien haute.
Des faux surement, me dis-je avec une pointe de jalousie.
Je n’arrive pas à détacher mon regard d’elle. Elle a quelque chose qui m’hypnotise mais je suis incapable de dire ce qui me met dans cet état.
Daphné lui montre un body noir tout en dentelle et l’invite à l’essayer.
« — Avec plaisir…, répond la belle rousse avec un accent étranger assez sec, tout en tournant son regard vers moi »
Mais qu’est ce qu’elle a, elle ?
Elle prend le body des mains de Daphné, et se dirige vers les cabines situées derrières la caisse où je me trouve. Durant les quelques mètres qui nous séparent, elle continue de me regarder.
J’ai envie à plusieurs reprise de détourner mes yeux mais quelque chose m’en empêche …
Je suis troublée et je déteste ça !
J’attend qu’elle entre dans la cabine d’essayage pour m’enfuir au fond du magasin, prétextant du rangement à faire.
Les minutes passent, je tente de me focaliser sur autre chose mais son regard me hante.
Bon sang que ça m’énerve !!!
Daphné revient vers moi, encore plus rouge qu’une tomate !
« — Heu Alix … La cliente dans la cabine…
— Oui et ben quoi ?!
— Ben.. Je crois qu’elle..
— Qu’elle quoi ?? Accouche, voyons !
— Elle se caresse !
— Hein ?! »
Je n’en crois pas mes oreilles. Je file vers les cabines, folle de rage.
Non mais pour qui elle se prend !?
Je tire le lourd rideau rouge de la cabine d’un geste brusque, m’attendant à faire sursauté la « chaudasse », mais ce fût tout le contraire. La rouquine assise sur le petit tabouret en cuir, totalement nue, mais ayant garder ses talons, une main sur un sein et l’autre sur son entrecuisse, se contenta d’un soupire, avant de me dire avec son accent froid mais terriblement bouillant :
« — Tu aurais dû venir plus tôt, je viens de jouir ! »